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Laura Knight-Jadczyk


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Traduction française: Henri R.


Le 20 novembre 2003:

Procope: L' Histoire Secrète

Traduite par Richard Atwater, 'Chicago: P. Covici, 1927; New York: Covici Friede, 1927), réimprimé, Ann Arbor, MI: University of Michigan Press, 1961, avec indication que le copyright a expiré sur le texte de la traduction.

CONTENU

·         Par l'Historien

1 Comment le Grand Général Bélisaire Fut Trompé par Sa Femme

2 Comment une Jalousie Tardive affecta le Jugement Militaire de Bélisaire

3 Exposition du Danger de Se heurter aux Intrigues d'une Femme.

4 Comment Théodora humilia le Conquérant de l'Afrique et de l'Italie.

5 Comment Théodora trompa la Fille du Général

6 L'Ignorance de l'Empereur Justin, et Comment son neveu Justinien Fut le Dirigeant Virtuel

7 Outrages des Bleus

8 Caractère et Apparence de Justinien

9 Comment Théodora, La Plus Dépravée de Toutes les Courtisanes, Gagna Son Amour

10 Comment Justinien Créa une Nouvelle Loi Le Permettant d'Epouser une Courtisane

11 Comment le Défendeur de la Foi Ruina Ses Sujets

12 Preuves que Justinien et Théodora étaient en Réalité des Démons sous Forme Humaine

13 Affabilité perspicace et Piété d'un Tyran

14 Justice à vendre

15 Comment tous les Citoyens Romains Devinrent Esclaves

16 Qu'arriva-t-il à Ceux Qui Chutèrent hors de la faveur de Théodora

17 Comment Elle Sauva Cinq Cents Putains d'une Vie de Péchés

18 Comment Justinien Tua un Trillion de Personnes

19 Comment Il S'empara de Toute La Richesse des Romains et la Dépensa

20 Rabaisser la Questure

21 La Taxe du Ciel, et Comment les Armées de la Frontière N'Avaient pas le Droit de Punir les Barbares Envahisseurs

22 Corruption Supplémentaire à Haut Niveau

23 Comment les Propriétaires Terriens furent ruinés

24 Traitement Injuste des Soldats

25 Comment Il vola ses Propres Fonctionnaires

26 Comment Il Spolia la Beauté des Villes et Pilla les Pauvres

27 Comment le Défenseur de la Foi Protégea les Intérêts des Chrétiens

28 Sa violation des Lois des Romains et Comment les Juifs Eurent une Amende pour avoir Mangé de l'Agneau

29 Autres Incidents Le Révélant comme un Menteur et un Hypocrite

30 Innovations supplémentaires de Justinien et Théodora et une Conclusion


PAR L'HISTORIEN

Dans ce que j'ai écrit sur les guerres romaines jusqu'au présent, l'histoire était arrangée en ordre chronologique et aussi complètement que les temps le permettaient alors. Ce que j'écrirai maintenant suit un plan différent, complétant la chronique formelle précédente avec une divulgation de ce qui arriva réellement à travers l'Empire Romain. Vous voyez, ce n'était pas possible, durant la vie de certaines personnes, d'écrire la vérité de ce qu'elles firent, comme un historien le devrait. Si je l'avais fait, leurs hordes d'espions l'auraient découvert et ils m'auraient envoyé à une mort des plus horribles. Je ne peux même pas faire confiance à mes plus proches parents. C'est pourquoi je fus contraint de cacher l'explication réelle de beaucoup de sujets sur lesquels j'avais glissé dans mes précédents livres.

Il est maintenant de mon devoir de dire ces secrets et révéler les sujets et motifs cachés restants. Cependant quand j'approche de cette tâche différente, je trouve difficile en effet de balbutier et rétracter ce que j'ai écrit sur les vies de Justinien et Théodora. Encore pire, il m'arrive que ce que je suis maintenant sur le point de dire semblera ni probable ni plausible aux générations futures, spécialement quand le temps passe et que mon histoire devient de l'histoire ancienne. J'ai peur qu'il me croient un auteur de fiction, et même me mettent parmi les poètes.

Cependant, j'ai ceci pour m'encourager beaucoup, que mon récit ne sera pas non endossé par d'autre témoignage: ainsi je ne m'abstiendrai pas du devoir de finir ce travail. Car les hommes d'aujourd'hui, qui connaissent mieux la vérité sur ces sujets, seront des témoins dignes de foi pour la postérité de la précision de ma preuve.

Encore une autre chose pendant longtemps différa ma passion à me libérer de ce récit  non raconté. Car je me suis demandé s'il pourrait être préjudiciable aux générations futures, et la malice de ces actes ne doit pas restée inconnue des époques ultérieures: à moins que de futurs tyrans, les entendant, puissent les émuler. Il est déplorablement naturel que la plupart des monarques copient les péchés de leurs prédécesseurs et sont plus disposés à se tourner vers les maux du passé.

Mais, finalement, je fus encore contraint de continuer avec cette histoire, pour la raison que de futurs tyrans peuvent voir aussi que ceux qui errent ainsi ne peuvent éviter le châtiment à la fin, puisque les personnes sur lesquelles j'écris ont subi ce jugement. En outre, la divulgation de ces actions et ces caractères sera publiée pour l'éternité, et, en conséquence d'autres se sentiront moins pressés de transgresser.

Car qui connaîtrait maintenant la vie dissolue de Sémiramis ou la folie de Sardanapale ou Néron, si le récit n'avait pas été écrit ainsi par des hommes de leur époque? A côté de cela, même ceux qui souffrent similairement - de tyrans futurs ne trouveront pas cette narration tout à fait profitable. Car le pauvre trouve le réconfort dans la philosophie que le mal n'est pas tombé que sur eux.

Donc je commence le récit. D'abord je dois révéler la folie de Bélisaire, et ensuite la dépravation de Justinien et de Théodora.

1.      COMMENT LE GRAND GENERAL BÉLISAIRE FUT TROMPE PAR SA FEMME

Le père de la femme de Bélisaire, une femme que j'ai mentionnée dans mes livres précédents, fut (et son grand-père aussi) un aurige (1), effectuant ce métier à Constantinople et Thessalonique. Sa mère était une des putains du théâtre; et elle mena elle-même dès le début une vie absolument dévergondée avec des drogues magiques utilisées par ses parents avant elle, elle apprit comment utiliser celles de qualités contraignantes et devint la femme mariée de Bélisaire, après avoir donné le jour à plusieurs enfants.

Maintenant elle était infidèle comme épouse depuis le début, mais était prudente de cacher ses indiscrétions par les précautions usuelles; pas de peur de son époux (car elle n'a jamais ressenti de honte pour quoique ce soit) et se moqua de lui par ses tromperies), mais parce qu'elle avait peur de la punition de l'Impératrice. Car Théodora la détestait, et avait déjà montré les dents. Mais quand la Reine devint impliquée dans les difficultés, elle gagna son amitié en l'aidant, d'abord pour détruire Silverius, comme il sera relaté présentement, et plus tard pour ruiner Jean de Cappadoce, comme je l'ai dit par ailleurs. Après cela, elle devint de plus en plus audacieuse, et en rejetant toute dissimulation, elle s'abandonna aux vents du désir.

Il y avait un jeune de Thrace dans la maison de Bélisaire: Théodose de nom, et descendant de l'hérésie eunomienne. A la veille de son expédition en Libye, Bélisaire baptisa son garçon dans de l'eau bénite et le reçut dans ses bras comme un membre de la famille dorénavant, l'accueillant avec sa femme comme leur fils, d'après le rite de l'adoption. Et Antonina non seulement embrassa Théodose avec une tendresse raisonnable comme son fils par la parole sacrée, et ainsi pris soin de lui, mais bientôt, tandis que son mari était parti en campagne, elle devint éperdument amoureuse de lui; et, hors de ses sens avec ce mal, se débarrassa de toute peur et honte de Dieu et des hommes. Elle commença à jouir de lui furtivement, et finit par flirter avec lui en présence des serviteurs et des servantes. Car elle était maintenant possédée par la passion et, ouvertement débordante d'amour, ne pouvait voir aucun obstacle à sa consommation.

Une fois, à Carthage, Bélisaire la surprit dans l'acte même, mais s'autorisa à être trompé par sa femme. Trouvant les deux dans une chambre souterraine, il fut très en colère; ainsi elle dit, en ne montrant aucune peur ou tentative de garder quelque chose cachée, "Je suis venue ici avec le garçon pour enterrer la plus précieuse part de notre pillage, où l'Empereur ne le découvrira pas." Ainsi dit-elle en manière d'excuse, et il mit de côté la question comme s'il l'a croyait, même s'il vit la ceinture de pantalon de Théodose quelque peu impudiquement défaite. Car il était tellement lié par amour pour sa femme, qu'il préférait mettre en doute l'évidence de ses propres yeux.

Comme sa folie progressait à un niveau indescriptible, ceux qui voyaient ce qui se passait restaient muets, sauf une esclave, Macédoine de nom. Quand Bélisaire était à Syracuse comme conquérant de la Sicile, elle fit jurer son maître solennellement de ne jamais la trahir envers sa maîtresse, et ensuite lui dit toute l'histoire, présentant comme témoins deux esclaves présents dans la chambre.

Quand il entendit ceci, Bélisaire ordonna à un de ses gardes de tuer Théodose; mais ce dernier avait appris ceci à temps pour s'enfuir à Ephèse. Car la plupart des serviteurs, inspirés par la faiblesse de caractère du mari, étaient plus inquiets de plaire à sa femme que de montrer de la loyauté envers lui, et ainsi trahirent l'ordre qu'il avait donné. Mais Constantin, quand il vit la douleur de Bélisaire concernant ce qui lui arrivait, sympathisa entièrement sauf pour commenter, "J'aurais essayé de tuer la femme plutôt que le jeune homme." Antonina entendit parler de ceci, et le haït en secret. Comment sa rancune contre lui fut méchante sera montrée; car elle était un scorpion qui pouvait cacher son dard.

Mais peu de temps après ceci, par l'enchantement soit de philtres, soit de ses caresses, elle persuada son mari que les charges contre elle n'étaient pas vraies. Sans plus de bruit il transmit à Théodose de revenir, et promit de redonner Macédoine et les deux esclaves à sa femme. Elle coupa d'abord cruellement leur langue, il est dit, et ensuite coupa leur corps en petits morceaux qui furent mis dans des sacs et jetés dans la mer. Un des esclaves, Eugenius, qui avait déjà porté outrage à Silverius, l'aida dans ce crime.

Et ce ne fut pas longtemps après ceci que Bélisaire fut persuadé par sa femme de tuer Constantin. Ce qui arriva à ce moment concernant Presidius et les dagues que j'ai racontés dans mes livres précédents. Car tandis que Bélisaire aurait préféré laisser Constantin tranquille, Antonina ne lui laissa pas de répit jusqu'à ce que sa remarque, que je viens de répéter, ne soit vengée. Et comme résultat de ce meurtre, beaucoup d'hostilité se leva contre Bélisaire dans les cœurs de l'Empereur et tous les importants des Romains. Ainsi vont les choses. Mais Théodose dit qu'il était incapable de revenir en Italie, où Bélisaire et Antonina résidaient alors, tant que Photius n'était pas mis de côté. Pour ceci Photius était du genre à mordre si quelqu'un prenait le meilleur de lui-même en quoique ce soit, et il avait des raisons d'être choqué de l'indignation de Théodose. Bien qu'il soit le fils légitime, il était complètement négligé tandis que l'autre croissait en pouvoir et en richesse: ils disent que des deux palais à Carthage et à Ravenne Théodose avait fait des cambriolages se montant à des centaines de centenaires, comme il s'était donné la gestion de ces propriétés conquises.

Mais Antonina, quand elle apprit la peur de Théodose, ne cessa de tendre des pièges à son fils et planifiant des complots meurtriers contre son bien-être, jusqu'à ce qu'il visse qu'il aurait à s'échapper à Constantinople s'il désirait vivre. Puis Théodose alla en Italie et vers elle. Là ils demeurèrent en satisfaction de leur amour, sans gêne pour le mari complaisant; et plus tard elle les emmena tous les deux à Constantinople. Là Théodose devint si inquiet de crainte que l'affaire devienne généralement connue, qu'il était à la limite de sa sagacité. Il vit qu'il serait impossible de tromper tout le monde comme la femme n'était plus capable de cacher sa passion et s'y adonnait secrètement, mais ne pensait en rien d'être en fait et en réputation une femme adultère déclarée.

Par conséquent, il retourna à Ephèse, et ayant sa tête rasée d'après la coutume religieuse, devint moine. Sur quoi Antonina, folle de cette perte, exhiba son grief en portant le deuil; et allait autour de la maison hurlant et pleurant, se lamentant même en présence de son mari quel bon ami elle avait perdu, combien fidèle, combien tendre, combien aimant, combien énergique! A la fin, même son époux fut persuadé de se joindre à son chagrin. Et ainsi le pauvre malheureux pleura aussi, appelant son bien-aimé Théodose. Plus tard il alla même vers l'Empereur et l'implora lui et l'Impératrice, jusqu'à ce qu'ils consentent à sommer Théodose de revenir, comme quelqu'un qui était et serait toujours une nécessité dans la maison de Bélisaire.

Mais Théodose refusa de quitter son monastère, disant qu'il était complètement résolu à se donner pour toujours à la vie cloîtrée. Cette noble déclaration, cependant, n'était pas entièrement sincère, car il était au courant que dès que Bélisaire quitterait Constantinople, il serait possible pour lui de venir secrètement vers Antonina. Ce qu'en effet, il fit.

2.     COMMENT UNE JALOUSIE TARDIVE AFFECTA LE JUGEMENT MILITAIRE DE BÉLISAIRE

Car bientôt Bélisaire partit à la guerre contre Chosroes, et il prit Photius avec lui; mais Antonina resta derrière, bien que ce fusse contraire à son habitude. Elle avait toujours préféré voyager où son mari allait, de crainte que, étant seul, il se laisse aller à ses sens et, oubliant ses enchantements, pense à elle pour une fois comme elle le méritait. Mais maintenant, pour que Théodose puisse avoir accès à elle, elle prévit encore une fois de se débarrasser définitivement de Photius. Elle corrompit quelques gardes de Bélisaire pour calomnier et insulter son fils tout le temps; tandis qu'elle, écrivant des lettres presque chaque jour, le dénonçait, et ainsi mettait tout en mouvement contre lui. Contraint par tout cela pour contrer sa mère, Photius prit un témoin pour venir de Constantinople avec la preuve du commerce de Théodose avec Antonina, l'emmena à Bélisaire, et lui ordonna de dire toute l'histoire.

Quand Bélisaire l'entendit, il se mit ardemment en colère, tomba aux pieds de Photius, les baisa, et le pria de se venger de celui qui avait tant causé de mal par ceux qui auraient dû moins le traiter ainsi. "Mon très cher garçon", dit-il, "ton père, quel qu'il fut, tu ne l'a jamais connu, car il te quitta quand tu étais dans les bras de ta mère quand les sables de sa vie étaient mesurés. Tu n'as pas non plus bénéficié de ses biens, puisqu'il n'était pas submergé de richesses. Mais élevé par moi, bien que je n'étais que ton beau-père, tu es arrivé à un âge où c'est à toi de venger mes erreurs. Moi, qui t'a élevé au rang de consul, et donné l'opportunité d'acquérir de telles richesses, peut m'appeler ton père et mère et entièrement de la même famille, et j'aurais raison, mon fils. Car ce n'est pas par leur proximité de sang, mais par leurs actes familiaux que les hommes ont coutume de mesurer leurs liens l'un envers l'autre.

"Maintenant l'heure est venue, quand vous devez non seulement me regarder dans la ruine de ma maison et la perte de mon plus grand trésor, mais comme quelqu'un partageant la honte de ta mère dans le reproche de toute l'humanité. Et considère aussi, que les péchés des femmes blessent non seulement leurs maris, mais touche même plus amèrement leurs enfants, dont la réputation souffre le plus de cette raison, qu'elle sont attendues d'hériter de la disposition de ceux qui les enfantent.

"Cependant souviens-toi de ceci de moi, que j'aime encore ma femme excessivement bien; et si c'est en mon pouvoir de punir celle qui détruit ma maison, à elle je ne ferai pas de mal. Mais tant que Théodose est présent, je ne peux pas pardonner cette charge contre elle."

Quand il entendit cela, Photius accepta de le servir en tout; mais en même temps il fut effrayé de crainte qu'un certain trouble puisse venir à lui de ceci, car il avait peu confiance dans la force de volonté de Bélisaire, où sa femme était concernée. Et parmi d'autres possibilités malheureuses, il se rappela avec dégoût ce qui était arrivé à Macédoine. Ainsi Bélisaire échangea avec lui tous les serments qui sont tenus les plus sacrés et liants parmi les Chrétiens, et chacun jura de ne jamais trahir l'autre, même dans le péril le plus mortel.

Maintenant au jour présent ils décidèrent que le temps n'était pas encore venu d'agir. Mais dès que Antonina arriverait à Constantinople et Théodose retournerait à Ephèse, Photius irait à Ephèse et disposerait sans difficulté de Théodose et de sa propriété. Ce fut à ce moment qu'ils avaient envahi le pays Perse avec toute l'armée, et ils firent à Jean de Cappadoce ce qui est rapporté dans mes ouvrages précédents. Là je dois taire une question imprudemment, à savoir, que ce ne fut pas sans malice préméditée que Antonina trompa Jean et sa fille, mais par beaucoup de serments, qu'aucun n'est plus respecté par les Chrétiens, elle les influença à lui faire confiance comme quelqu'un qui ne les utiliserait jamais mal. Après avoir fait cela, se sentant plus confiante qu'avant de l'amitié de l'Impératrice, elle envoya Théodose à Ephèse, et elle-même, sans soupçon de l'opposition, partit pour l'Orient.

Bélisaire venait de prendre le fort de Sisauranum quand les nouvelles de son arrivée lui furent apportées; et, mettant tout le reste à rien en comparaison, il ordonna à l'armée de se retirer. Cela arriva ainsi, comme je l'ai montré par ailleurs, que d'autres choses étaient arrivées à l'expédition qui s'adaptaient avec son ordre de retrait, cependant, comme je l'ai dit dans le préambule de ce livre, il n'était pas sûr pour moi à cette époque de dire tous les motifs sous-jacents de ces événements. L'accusation fut par conséquent faite contre Bélisaire par tous les Romains qu'il avait mis les affaires les plus urgentes de l'état en dessous des intérêts moindres de son ménage personnel. Car le fait est, possédé de passion pour sa femme, il partait loin du territoire romain à contrecœur, de telle façon que dès qu'il apprenait que sa femme arrivait de Constantinople, il pourrait s'en emparer et se venger lui-même sur Théodose.

Pour cette raison il commanda les forces sous Arethas à traverser le Tigre; et ils retournèrent au pays, n'ayant rien accompli digne d'être mentionné. Et il était prudent lui-même de ne pas quitter la frontière romaine pour plus d'une heure de cheval. En effet, le fort de Sisauranum, près de la ville de Nisibis, n'est pas à plus d'une journée de la frontière romaine pour un homme bien équipé; et par une autre route ce n'est qu'à la moitié de cette distance. Cependant s'il avait voulu au début traverser le Tigre avec son armée entière, je crois il aurait pu piller tout le pays d'Assyrie, et marcher aussi loin que la ville de Ctesiphon, sans rien pour l'empêcher. Et il aurait pu sauver les Antiochiens capturés et autres Romains que la malchance avait menés là, et les ramener à leurs pays d'origine.

En outre, il était coupable du retour au pays sans encombres de Chosroes depuis la Colchide. Comment cela arriva je vais le révéler. Quand Chosroes, le fils de Cabade, envahit le pays de la Colchide, accomplit non seulement ce que j'ai narré par ailleurs, mais captura Petra, une grande partie de l'armée de Mèdes fut détruite, soit dans la bataille, soit à cause de la difficulté du pays. Car Lazica, comme je l'ai expliqué, est presque sans routes et très montagneux. Aussi la pestilence, tombant sur eux, avait détruit la plupart de l'armée, et beaucoup étaient morts d'absence de nourriture et de traitements nécessaires. Ce fut à ce moment que des messagers arrivèrent de Perse avec des nouvelles que Bélisaire, ayant conquis Nabedes en bataille avant la ville de Nisibis, approchait; qu'il avait pris le fort de Sisauranum par siège, capturé à la pointe de la lance Bleschames et huit cents cavaliers perses; et qu'il avait envoyé une seconde armée de Romains sous Arethas, souverain des Sarrasins, pour traverser le Tigre et ravager tout le pays là qui jusqu'à présent n'avait jamais connu la peur.

Il se trouve aussi que l'armée des Huns que Chosroes avait envoyée en Arménie Romaine, pour créer une diversion là afin que les Romains ne remarquent pas son expédition en Lazica, était tombée dans les mains de Valérien et de ses Romains, comme d'autres messagers rapportaient maintenant; et que ces barbares avaient été durement battus dans la bataille, et la plupart tués. Quand les Perses entendirent ceci, déjà déprimés de leur mauvaise fortune parmi les Lazi, ils avaient maintenant peur que s'ils rencontraient une armée hostile dans les difficultés présentes, parmi les précipices et le désert, ils périraient tous en désordre. Et ils avaient peur aussi, pour leurs femmes et leurs enfants et leur pays; en effet, les hommes les plus nobles dans l'armée des Mèdes insultaient Chosroes, l'appelant celui qui avait brisé sa parole promise et la loi commune de l'homme, en envahissant en temps de paix le pays des Romains. Il avait fait du tort, criaient-ils, à la plus ancienne et la plus grande des nations, qu'il ne pourrait surpasser dans la guerre. Une mutinerie était imminente.

Stimulé par ceci, Chosroes trouva le remède suivant au trouble. Il leur lu une lettre que l'Impératrice avait récemment écrite à Zaberganes. La lettre était: "Combien je vous estime, Zaberganes, et que je vous crois amical envers notre Etat, vous, qui étiez notre ambassadeur il n'y a pas si longtemps, vous le savez bien. N'agiriez-vous pas équitablement à cette haute opinion que j'ai de vous, si vous pouviez persuader le Roi Chosroes de choisir la paix avec notre gouvernement? Si vous faites ceci, je peux vous promettre que vous serez récompensé par mon mari, qui ne fait rien sans mon avis."

Chosroes lut ceci à haute voix, et demanda aux chefs persans s'ils pensaient que c'était un Empire qu'une femme dirigeait. Ainsi il calma leur nervosité. Mais même comme cela, il se retira de l'endroit avec une anxiété considérable, pensant qu'à tout moment les forces de Bélisaire l'affronteraient. Et quand aucun ennemi n'apparut pour barrer sa retraite, il retourna à son pays natal avec un grand soulagement.

3.     EXPOSITION DU DANGER DE SE HEURTER AUX INTRIGUES D'UNE FEMME

A son retour sur le territoire romain, Bélisaire trouva sa femme qui venait d'arriver de Constantinople. Il l'a fit mettre sous garde en disgrâce, et fut souvent sur le point de la faire exécuter; mais à chaque fois il faiblit, surmonté, je suppose, par la ranimation de son amour pour elle. Mais on dit qu'il était aussi mené par ses sens par des philtres qu'elle lui donna. Entre-temps Photius l'outragé était parti à Ephèse, emmenant l'eunuque Calligonus, proxénète de sa maîtresse, avec lui, enchaîné; et sous le fouet, durant le trajet Calligonus confessa tous les secrets de sa maîtresse. Mais Théodose apprit à nouveau sur son péril, et fuit à l'Eglise St Jean l'Apôtre, qui est le sanctuaire le plus saint et le plus révéré dans le voisinage.  Cependant André, évêque de Ephèse, fut corrompu par Photius pour lui donner l'homme entre ses mains.

Théodora était maintenant un peu apeurée pour Antonina, car elle avait entendu ce qui lui était arrivée; donc elle envoya un mot à Bélisaire pour amener sa femme à Constantinople. Photius, entendant cela, envoya Théodose en Sicile, où ses propres lanciers et porteurs de boucliers se trouvaient hiverner; enjoignant à ceux qui le prenaient ça et là aussi secrètement que possible, et en arrivant en Sicile de le cacher en privé dans la garnison, laissant personne au monde savoir qui c'était. Ensuite, avec l'argent de Calligonus et Théodose , Photius alla à Constantinople.

Maintenant, l'Impératrice donna la preuve à toute l'humanité que pour chaque meurtre dont elle était redevable, elle pouvait payer en vengeance plus grande et même plus cruelle. Car Antonina avait trahi pour elle un ennemi, quand elle avait séduit dernièrement le Cappadocien; mais elle détruisit, pour le bénéfice de Antonina, nombre d'hommes innocents. Elle mit à la torture certaines des connaissances de Bélisaire et de Photius, quand la seule charge contre eux était qu'ils étaient amis des deux (et à ce jour nous ne savons pas ce qu'était leur ultime sort), et d'autres qu'elle bannit en exil sur la même accusation.

Un homme qui avait accompagné Photius à Ephèse, un Sénateur qui s'appelait aussi Théodose, non seulement perdit ses biens mais fut jeté dans un donjon, où il fut, attaché à une mangeoire par une corde autour de son cou si courte qu'il devait être debout près de la mangeoire tout le temps, qu'il mange ou qu'il cherche le sommeil ou effectue d'autres besoins du corps. La seule différence entre lui et un âne, était que, il ne pouvait braire. Le temps que l'homme passa dans cette condition ne fut pas moins que quatre mois; après quoi, surmonté par la mélancolie, il devint fou, et tellement qu'il le laissèrent libre de mourir.

Elle força le réticent Bélisaire à se réconcilier avec sa femme; tandis que Photius, après qu'elle l'eût torturé comme un esclave et fouetté le dos et les épaules, fut ordonné de dire où Théodose et le proxénète étaient. Mais malgré son angoisse de la torture il garda le silence comme il avait juré de faire; bien qu'il ait été toujours délicat et souffreteux, avait dû être très prudent sur sa santé, et était jusqu'ici inexpérimenté en de tels outrage et mauvais traitement. Cependant il ne divulgua aucun des secrets de Bélisaire.

Plus tard, cependant, tout ce qui avait été jusqu'à ce moment caché se fit découvrir. Découvrant Calligonus dans le voisinage, Théodora l'emmena à Antonina, et puis fit revenir Théodose à Constantinople, où elle le cacha dans son palais. Le jour après son arrivée elle demanda après Antonina. "Ma très chère dame", dit-elle, une perle tomba dans mes mains hier, comme un mortel n'a jamais vu. Si tu le désires, je ne te priverai pas de la vue de ce joyau, mais te le montrerai." Sans savoir ce qui était arrivé, son amie demanda à Théodora de lui montrer la perle; et l'Impératrice, menant Théodose hors des chambres d'un de ses eunuques, lui révéla.

Pendant un moment Antonina, sans voix de joie, resta muette. Puis elle tomba dans une extase de gratitude, et appela Théodora son sauveur, sa bienfaitrice, et sa vraie maîtresse. Par la suite, l'Impératrice garda Théodose dans le palais, l'enveloppant dans tout le luxe, et déclara qu'elle le ferait même général de toutes les forces romaines avant longtemps. La justice, cependant, intervint. Emporté par une dysenterie, il disparut du monde des hommes.

Maintenant dans le palais de Théodora se trouvaient certaines chambres secrètes de donjon: sombres, inconnues, et éloignées, où il n'y avait pas de différence entre le jour et la nuit. Dans l'une d'elles Photius languissait depuis longtemps. Il eut la bonne fortune, cependant, de s'échapper, pas une fois, mais deux. La première fois il prit refuge dans l'Eglise de la Vierge, qui est la plus sainte et la plus célèbre des églises de Constantinople, et là prit sa place à l'autel comme suppliant. Mais elle le captura même ici, et l'enleva par la force. La seconde fois il fuit à l'Eglise Sainte Sophie et chercha refuge aux fonds baptismaux, que de tous les endroits les Chrétiens révèrent le plus. Cependant même d'ici la femme fut capable de le tirer: car pour elle aucun lieu n'était trop effroyable ou vénérable à transgresser, et elle ne pensait rien de violer tous les sanctuaires mis ensemble. Comme tout le reste des gens, les prêtres chrétiens furent muets d'horreur, mais se tinrent de côté et souffrirent de la laisser faire comme elle voulait.

Maintenant pendant trois ans Photius resta ainsi dans sa cellule; et ensuite le prophète Zacharie vint à lui dans un rêve, et lui ordonna au nom du Seigneur de s'échapper, promettant de l'y aider. Confiant dans la vision, il s'échappa encore une fois, et inaperçu de quiconque prit la route de Jérusalem. Bien qu'il croisa d'innombrables milliers d'hommes dans sa fuite, pas un d'entre eux ne vit le jeune. Là il rasa son crâne, assuma le costume des moines, et fut libre finalement de la punition de Théodora.

Mais Théodora, manquant à sa parole d'honneur, ne prit pas de mesures pour venger la souffrance d'un tel traitement impie de son complice comme il avait été dit. Et toutes ses expéditions militaires depuis ce temps échouèrent, vraisemblablement par la volonté de Dieu- Car sa prochaine campagne contre Chosroes et les Mèdes, qui envahissaient pour la troisième fois le territoire romain, fut sévèrement critiqué; bien qu'une bonne chose fut dite de lui, qu'il avait refoulé l'ennemi. Mais quand Chosroes traversa l'Euphrate, prit la grande ville de Callinicus sans batailler, et asservit des myriades de citoyens romains, tandis que Bélisaire était prudent même de ne pas poursuivre l'ennemi quand il se retirait, il gagna la réputation d'être une des deux choses – soit un traître, soit un lâche.

4.     COMMENT THÉODORA  HUMILIA LE CONQUERANT DE L'AFRIQUE ET DE L'ITALIE

Bientôt après ceci, un autre désastre lui advint. La peste, que j'ai décrite par ailleurs, devint épidémique à Constantinople, et l'Empereur Justinien tomba grièvement malade; il fut même dit qu'il en est mort. La rumeur répandit ce rapport jusqu'à atteindre le camp de l'armée romaine. Là certains officiers dirent que si les Romains essayaient d'établir quelqu'un d'autre à Constantinople comme Empereur, ils ne le reconnaîtraient jamais. Présentement, la santé de l'Empereur s'améliora, et les officiers de l'armée portèrent des charges l'un contre l'autre, les généraux Pierre et Jean le Glouton alléguant qu'ils avaient entendus Bélisaire et Buzes faire la déclaration susdite.

La mutinerie hypothétique que la Reine indigne prit comme prévu par les deux hommes se référant à elle-même. Elle rappela donc tous les officiers à Constantinople pour enquêter sur le sujet; et elle convoqua Buzes de manière impromptue dans ses quartiers privés, sur le prétexte qu'elle souhaitait discuter avec lui de sujets de soudaine urgence.

Sous le palais alors se trouvait une cave souterraine, sûre et labyrinthique, comparable aux régions infernales, dans laquelle la plupart de ceux qui lui avaient fait offense étaient en fin de compte ensevelis. Et ainsi Buzes fut envoyé à ces oubliettes, et là l'homme, bien que de rang consulaire, resta sans personne au courant de son sort. Non plus, comme il était là dans l'obscurité, pouvait-il savoir si c'était le jour ou la nuit, ni pouvait-il apprendre de quelqu'un d'autre; car l'homme qui lui envoyait sa nourriture chaque jour était muet, et la scène était celle d'une bête sauvage se confrontant à une autre. Tout le monde pensa bientôt qu'il était mort, mais personne n'osait mentionner même sa mémoire. Mais après deux années et quatre mois, Théodora  prit pitié de l'homme et le relâcha. Après il fut pour toujours à moitié aveugle et malade dans son corps. C'est ce qu'elle fit à Buzes.

Bélisaire, bien qu'aucune des charges contre lui n'étaient prouvées, fut sur l'insistance de l'Impératrice relevé de son commandement par l'Empereur; qui nomma Martinus à sa place comme Général des Armées de l'Est. il ordonna aux lanciers et porteurs de boucliers de Bélisaire, et tels de ses serviteurs qui étaient d'usage militaire, d'être divisés entre les autres généraux et certains des eunuques du palais. Tirant beaucoup de ces hommes et leurs armes, ils les partagèrent au hasard. Et ses amis, et tous ceux qui l'avaient servi précédemment, furent interdits de jamais rendre visite à Bélisaire. C'était une vision amère, et une que personne aurait jamais cru crédible, pour voir Bélisaire un citoyen privé dans Constantinople, presque déserte, mélancolique et malheureux de contenance, et attendant toujours une autre conspiration pour accomplir sa mort.

Alors l'Impératrice apprit qu'il avait acquis de grandes richesses dans l'Est, et envoya un des eunuques du palais la confisquer. Antonina, comme j'ai dit, était maintenant tout à fait hors d'elle avec son mari, mais en termes les plus amicaux et intimes avec la Reine, puisqu'elle s'était débarrassée de Jean de Cappadoce. Donc, pour plaire à Antonina, Théodora  arrangea tout afin que l'épouse apparaisse avoir demandé merci pour son mari, et avoir sauvé sa vie d'un tel péril; et le pauvre malheureux non seulement devint tout à fait réconcilié avec elle, mais la laissa faire de lui son plus humble esclave pour l'avoir sauvé de la Reine. Et c'est ainsi que cela s'est passé.

Un matin, Bélisaire arriva au palais comme d'habitude avec son peu de partisans pitoyables. Trouvant l'Empereur et l'Impératrice hostiles, il fut en plus insulté en leur présence par des hommes de basse extraction et communs. Tard dans la soirée il rentra chez lui, se retournant souvent comme s'il se retirait et regardant dans toutes les directions pour ceux qui pourraient s'avancer pour le mettre à mort. Accompagné par sa crainte, il entra dans sa maison et s'assis seul sur sa couche. Son esprit brisé, il ne réussit même pas à se souvenir du temps où il était un homme; suant, étourdi et tremblant, il se considérait perdu lui-même; dévoré par des peurs serviles et une inquiétude mortelle, il fut complètement émasculé.

Antonina, qui ne savait pas quel arrangement de son sort avait été fait ni ne se souciait beaucoup de ce qui pouvait lui arriver, marchait ça et là à proximité prétendant une brûlure d'estomac; Car ils n'étaient pas exactement en termes amicaux. Entre temps, un officier du palais, nommé Quadratus, était venu comme le soleil s'était couché, et passant dans le hall extérieur, soudain se tint à la porte des appartements des hommes pour dire qu'il avait été envoyé ici par l'Impératrice. Et quand Bélisaire entendit cela, il tira ses bras et ses jambes sur la couche et s'allongea sur le dos, prêt pour la fin. Jusqu'ici tout son courage l'avait abandonné. Quadratus, cependant, s'approcha seulement pour lui tendre une lettre de la Reine. Et la lettre disait ainsi: "Vous connaissez, Monsieur, votre offense envers nous. Mais parce que je suis grandement redevable à votre femme, j'ai décidé de relever toutes les charges contre vous et lui donne votre vie. Ainsi pour l'avenir vous pouvez être de bonne gaîté par rapport à votre sécurité personnelle et celle de vos biens; mais nous saurons par ce qui vous arrive comment vous vous conduisez envers elle."

Quand Bélisaire lut cette lettre empoisonnée avec joie et désir ardent pour donner la preuve de sa gratitude, il sauta de sa couche et se prosterna aux pieds de sa femme. Avec chaque main caressant une de ses jambes, léchant avec sa langue le dessous du premier de ses pieds et puis l'autre, il cria qu'elle était la cause de sa vie et de sa sécurité; dorénavant il serait son esclave fidèle, au lieu d'être son seigneur et maître.

L'Impératrice donna alors trente centenaires d'or de ses biens à l'Empereur, et retourna ce qui restait à Bélisaire. C'est ce qui arriva au grand général dont la destinée avait donné pas longtemps avant à la fois Gelimer et Vitiges à être captifs de sa lance! Mais la richesse que ce sujet avait acquis d'eux avait il y a longtemps rongé des blessures jalouses dans les cœurs de Justinien et de Théodora, qui la considéraient trop grande sauf pour des coffres impériaux. Et ils dirent qu'il avait caché la plupart de l'argent de Gelimer et Vitiges, qui par conquête appartenaient à l'Etat et avait remis seulement une petite fraction, à peine digne d'être accepté par un Empereur. Cependant, quand ils comptaient les travaux que l'homme avait accompli, et les cris de reproche qu'ils pouvaient éveiller parmi le peuple, puisqu'ils n'avaient pas de prétexte crédible pour le punir, ils gardaient leur paix: jusqu'à maintenant, quand l'Impératrice, le découvrant hors de ses gonds avec terreur, soudain envisagea de devenir maîtresse de toute sa fortune.

Pour le lier encore plus à elle, elle fiança Joannina, la seule fille de Bélisaire, à Anastase son neveu.

Bélisaire demanda maintenant de retrouver son ancien commandement, et comme Général de l'Est mena les armées romaines encore une fois contre Chosroes et les Mèdes; mais Antonina ne voulait pas en entendre parler. Ce fut là qu'elle avait été insultée par lui auparavant, dit-elle, et elle ne voulait pas voir l'endroit à nouveau. Donc, Bélisaire fut fait comte de la remonte impériale, et tenta sa chance une seconde fois en Italie; d'accord avec l'Empereur, disent-ils, pas pour lui demander de l'argent pour cette  guerre, mais pour préparer tout l'équipement militaire de sa propre bourse.

Maintenant toute le monde prit comme admis que Bélisaire avait arrangé ceci avec sa femme et fit l'accord sur l'expédition avec l'Empereur, simplement pour s'éloigner de sa position humiliante à Constantinople; et que dès qu'il fut sorti de la ville, il avait l'intention de prendre les armes et faire des représailles, noblement et redevenu un homme, contre sa femme et ceux qui lui avaient fait du mal. Au lieu de cela, il fit table rase de tout ce qu'il avait subi, oublia ou annula sa parole d'honneur à Photius et ses autres amis, et suivit sa femme dans une parfaite extase d'amour: et ceci quand elle était maintenant arrivée à l'âge de soixante ans.

Cependant, dès qu'il arriva en Italie, de nouveaux et différents troubles se passaient chaque jour, car même la Providence s'était tournée contre lui. Car les plans que ce Général avait établis dans la précédente campagne contre Theodatus et Vitiges, bien qu'ils ne semblaient être adaptés à l'événement, tournaient d'habitude à son avantage; tandis que maintenant, bien qu'il était crédité d'établir de meilleurs plans, comme il était attendu après son expérience précédente dans la guerre, ils tournèrent tous mal: de telle sorte que le jugement final fut qu'il n'avait pas le sens de la stratégie.

En effet, ce n'est pas par les plans des hommes, mais par la main de Dieu que les affaires des hommes sont dirigées; et ces hommes l'appellent Destin, sans savoir la raison pourquoi les choses qu'ils voient arrivent; et ce qui semble être sans cause est facile d'appeler l'accident du hasard. Encore, c'est une question que chaque mortel décidera pour lui-même d'après son goût.

5.     COMMENT THÉODORA DUPA LA FILLE DU GENERAL

De sa seconde expédition en Italie Bélisaire ne rapporta rien sauf la disgrâce: car durant les cinq années de sa campagne il fut incapable de mettre pied sur ce pays, comme j'ai relaté dans mes précédents livres, parce qu'il n'y avait pas de position tenable là; mais tout le temps naviguait ici et là le long de la côte.

Totila, évidemment, voulait assez le rencontrer devant les murs de sa ville, mais ne put l'attraper là, car comme le reste de l'armée romaine il était effrayé de combattre. Pour cette raison Bélisaire ne recouvra rien de ce qui avait été perdu, mais même perdit Rome en plus; et tout le reste, s'il restait quelque chose à perdre. Son esprit était rempli d'avarice durant ce temps, et il pensait à rien sauf à des gains de base. Puisqu'il n'avait pas eu de fonds par l'Empereur, il pilla presque tous les Italiens vivant à Ravenne et en Sicile, et partout ailleurs où il en avait l'occasion: collectant une facture, pour laquelle ceux qui habitaient là n'étaient aucunement responsables. Ainsi, il alla même vers Hérodien et lui demanda de l'argent, et ses menaces enragèrent tellement Hérodien  qu'il se rebella contre l'armée romaine et donna ses services, avec ceux de ses serviteurs et la ville de Spoletum, à Totila et les Goths.

Et maintenant je montrerai comment il se produisit que Bélisaire et Jean, le neveu de Vitalien, se brouillèrent: une division qui apporta un grand désastre dans les affaires romaines.

Maintenant l'Impératrice haïssait si complètement, et si manifestement Germanus, que personne n'osait devenir un proche de lui, bien qu'il soit un neveu de l'Empereur. Ses fils restèrent célibataires tandis qu'elle vivait, et sa fille Justina, bien que dans la fleur de dix huit printemps, était encore non mariée. En conséquence, quand Jean, envoyé par Bélisaire, arriva à Constantinople, Germanus fut forcé de l'approcher comme un possible beau-fils, bien que Jean ne soit pas du tout digne en poste d'une telle alliance. Mais quand ils eurent atteint un accord, ils se lièrent l'un l'autre par des serments les plus solennels pour compléter l'alliance par tous les moyens en leur pouvoir; et ce fut nécessaire parce que ni l'un ni l'autre n'avait confiance dans la bonne foi de l'autre. Car Jean savait qu'il cherchait un mariage bien au-dessus de son rang, et Germanus avait peur que même cet homme pourrait essayer de glisser hors du contrat.

L'Impératrice, évidemment, était incapable de se contenir là-dessus: et par tous les moyens, par tout dispositif possible, cependant indigne, essaya d'empêcher l'événement. Quand, par toutes ses menaces, elle fut incapable de décourager aucun d'entre eux, elle menaça publiquement de mettre à mort Jean. Après cela, au retour de Jean en Italie, ayant peur que Antonina puisse se joindre au complot contre lui, il n'osa pas rencontrer Bélisaire jusqu'à ce qu'elle parte pour Constantinople. Que Antonina avait été chargée par la Reine de l'aider à le tuer, personne n'aurait pu le penser peu probable; et quand il considéra les habitudes de Antonina et l'asservissement de Bélisaire par sa femme, Jean fut alarmé autant grandement que raisonnablement.

L'expédition romaine, déjà sur ses dernières jambes, s'effondra maintenant complètement. Et c'est comment Bélisaire conclut la guerre contre les Goths. En désespoir il supplia l'Empereur de le laisser rentrer à la maison aussi vite qu'il pourrait naviguer. Et quand il reçut la permission du monarque pour le faire, il quitta immédiatement plein d'ardeur, souhaitant un long adieu à l'armée romaine et à l'Italie. Il laissa presque tout aux mains de l'ennemi; et tandis qu'il était sur le chemin du retour, Perusia, pressé durement par un siège des plus amers, fut capturé et soumis à toute misère possible, comme je l'ai déjà relaté.

Comme si ce n'était pas suffisant, il souffrit d'une infortune personnelle supplémentaire de la manière suivante. L'Impératrice Théodora, désirant marier la fille de Bélisaire à son neveu, tracassait les parents avec de fréquentes lettres. Pour éviter cette alliance, ils retardèrent la cérémonie jusqu'à ce qu'ils puissent être présents ," et ensuite, quand l'Impératrice les convoqua à Constantinople, prétendit qu'ils étaient incapables au moment de quitter l'Italie. Mais la Reine était encore déterminée que son neveu soit maître de la richesse de Bélisaire, car elle savait que sa fille en hériterait, comme Bélisaire n'avait pas d'autre enfant. Cependant elle n'avait aucune confiance en Antonina; et ayant peur qu'après que sa propre vie ne soit terminée, Antonina ne serait pas loyale à sa maison, car tout ce pourquoi qu'elle avait été si serviable dans les urgences de l'Impératrice, et qu'elle casserait l'accord, Théodora fit une chose affreuse.

Elle fit vivre le garçon et la fille ensemble sans aucune cérémonie. Et ils dirent qu'elle força la fille contre son gré à se soumettre à son étreinte clandestine, afin que, étant ainsi déflorée, la fille accepterait le mariage, et l'Empereur ne pourrait interdire l'événement. Cependant, après le premier viol, Anastase et la fille tombèrent chaleureusement amoureux l'un de l'autre, et pour pas moins de huit mois continuèrent leur relation hors mariage.

Mais, quand après la mort de Théodora, Antonina vint à Constantinople, elle ne voulut pas oublier l'outrage que la Reine avait commis contre elle. Sans s'inquiéter du fait que si elle unissait sa fille à tout autre homme, elle ferait une ex-prostituée d'elle, elle refusa d'accepter le neveu de Théodora comme gendre, et par force sépara la fille, ignorant ses argumentations les plus tendres, de l'homme qu'elle aimait.

Pour cet acte d'obstination insensé, elle fut universellement censurée. Cependant quand son mari revint à la maison, elle le persuada facilement d'approuver son action: qui aurait dévoilé ouvertement le caractère de l'homme. Encore, bien qu'il avait promis à Photius et d'autres de ses amis, et ensuite manqué à sa parole, il y en avait beaucoup qui sympathisaient avec lui. Car ils pensaient que la raison de ce parjure n'était pas le dévouement à une femme, mais sa peur de l'Impératrice. Mais après la mort de Théodora, comme je l'ai dit, il ne pensa pas à Photius ou autre de ses amis; et il était clair qu'il appellerait Antonina sa maîtresse, et Calligonus le proxénète, son maître. Et ensuite tous les hommes virent sa honte, le transformant en risée publique, et l'insultaient à son visage comme un crétin. Maintenant la folie de Bélisaire était complètement révélée.

Comme pour Sergius, fils de Bacchus, et ses méfaits en Libye, j'ai décrit cette affaire suffisamment dans mon chapitre par ailleurs sur le sujet; comment il fut le plus coupable pour le désastre là de la puissance romaine, et comment il négligea le serment d'évangile qu'il avait juré aux Levathae, et criminellement mit à mort leurs huit ambassadeurs. Il me reste donc à ajouter maintenant seulement ceci, que ces hommes ne vinrent à Sergius ni avec l'intention de trahison, ni Sergius n'avait de soupçon qu'ils le fassent; mais néanmoins, après les avoir invités à un banquet sous promesse de sûreté, il les mit à mort honteusement. Cela résulta dans la perte de Solomon, l'Armée Romaine et tous les Libyens. En conséquence de cette affaire, spécialement après la mort de Solomon, comme je l'ai dit, ni les officiers, ni les soldats ne voulaient risquer les dangers de la bataille. Le plus notablement, Jean, fils de Sisinolus, se garda du domaine de la guerre à cause de sa haine pour Sergius, jusqu'à ce que Areobinus vienne en Libye. Ce Sergius était une personne entourée de luxe et pas un soldat; juvénile en nature et en années; un tyran jaloux et paradant; un citoyen dévergondé et un fanfaron. Mais après il devint le soupirant accepté de sa nièce et ce fut relaté à Antonina, la femme de Balisarius, l'Impératrice ne lui aurait pas permis d'être puni ou déchu de son commandement, même quand elle vit la Libye sûre d'être perdue. Et avec le consentement de l'Empereur elle laissa même Solomon, frère de Sergius, s'en tirer sans dégâts après le meurtre de Pegasius. Comment cela arriva, je vais le relater.

Après que Pegasius eut rançonné Solomon des Levathae, et les barbares retournés chez eux, Solomon avec Pegasius son rançonneur et quelques soldats, partirent pour Carthage. Et sur le chemin Pegasius rappela à Solomon le mal qu'il avait fait, et dit qu'il devrait remercier Dieu pour sa délivrance de l'ennemi. Solomon vexé d'être reproché d'avoir été retenu captif, tua immédiatement Pegasius; et ce fut sa vengeance envers l'homme qui l'avait sauvé. Mais quand Solomon arriva à Constantinople, l'Empereur lui pardonna en raison que l'homme qu'il tua était un traître à l'état romain. Ainsi Solomon échappant à la justice, partit content vers l'Est pour visiter son pays natal et sa famille. Cependant la vengeance de Dieu le rattrapa dans le voyage, et l'enleva du monde des hommes.

C'est l'explication de l'affaire entre Solomon et Pegasius.

6.     L'IGNORANCE DE L'EMPEREUR JUSTIN, ET COMMENT SON NEVEU JUSTINIEN FUT LE DIRIGEANT VIRTUEL

Maintenant j'en viens au récit de quelle sorte d'êtres Justinien et Théodora étaient, et comment ils portèrent la confusion dans l'Etat Romain.

Pendant le règne de l'Empereur Leo à Constantinople, trois jeunes fermiers de naissance Illyrienne, nommés Zimarchus, Ditybistus, et Justin de Bedenana, après une lutte désespérée avec la pauvreté, quittèrent leur maison pour chercher fortune dans l'armée. Ils firent leur chemin à Constantinople à pied, portant sur leurs épaules leurs couvertures dans lesquelles étaient enveloppés pas d'autre équipement excepté des biscuits qu'ils avaient cuits à la maison. Quand ils arrivèrent et furent admis dans le service militaire, l'Empereur les choisit pour la garde du palais; car ils étaient tous les trois des hommes de belle apparence.

Plus tard, quand Anastase succéda au trône, la guerre éclata contre les Isauriens quand cette nation se rebella; et Anastase envoya contre eux une armée considérable sous Jean le Bossu. Ce Jean, pour quelque offense, envoya Justin dans le corps de garde, et le jour suivant l'aurait condamné à mort, s'il n'avait pas été stoppé par une vision lui étant apparue dans un rêve. Car dans ce rêve, le général dit, il regardait un être, géant en taille et en toute manière plus puissant que les mortels; et cet être lui commanda de relâcher l'homme qu'il avait arrêté ce jour. S'éveillant de son sommeil, Jean dit, il décida que le rêve n'était pas digne d'être considéré. Mais la nuit suivante la vision revint, et à nouveau il entendit les mêmes mots qu'il avait entendus avant; même encore ainsi il n'était pas persuadé d'obéir à cet ordre. Mais pour la troisième fois la vision apparut dans ses rêves, et le menaça avec des conséquences affreuses s'il ne faisait pas comme l'ange avait ordonné; avertissant qu'il serait en douloureux besoin de cet homme et de sa famille par la suite, quand le jour de colère s'abattrait sur lui. Et cette fois Justin fut relâché.

Comme le temps passait, ce Justin arriva à un grand pouvoir. Car l'Empereur Anastase le nomma Comte de la garde du palais; et quand l'Empereur quitta ce monde, par la force de sa puissance militaire, Justin prit le trône. A ce moment il était un homme âgé sur le bord de la tombe, et si illettré qu'il ne pouvait ni lire ni écrire; ce qui n'aurait pu être dit avant d'un souverain romain. Il était de coutume pour un Empereur de signer ses édits de sa propre main, mais il ne fit de décrets ni ne fut capable du tout de comprendre les affaires de l'état.

L'homme à qui il arriva de l'assister comme questeur s'appelait Proclus; et il gérait tout pour convenir à lui-même. Mais afin qu'il puisse avoir quelque preuve de la main de l'Empereur, il inventa le dispositif suivant à construire par ses clercs. En découpant dans un bloc de bois les formes des quatre lettres pour faire le mot latin, ils plongeaient la plume dans l'encre utilisée par les empereurs pour leurs signatures, et la mettait dans les doigts de l'Empereur. Posant le bloc de bois que j'ai décrit sur le papier à signer, ils guidaient la main de l'Empereur afin que la plume contourne les quatre lettres, suivant toutes les courbes du stencil: et ainsi ils se retiraient avec le FIAT de l'Empereur. C'est ainsi que les Romains étaient régentés sous Justin.

Sa femme s'appelait Lupicina: une esclave et une barbare, elle avait été achetée pour être sa concubine. Avec Justin, comme le soleil de sa vie était sur le point de se coucher, elle monta sur le trône. Maintenant Justin n'était capable de faire à ses sujets ni du mal ni du bien. Car il était simple, incapable de tenir une conversation ou faire un discours, et extrêmement bucolique. Son neveu Justinien, quand il était jeune, était le souverain virtuel - , et les calamités les plus grandes et les pires pour les Romains qu'aucun autre homme dans toute l'histoire précédente qui soient venues sur nous – Car il n'avait pas de  scrupules; contre le meurtre ou la saisie des biens d'autrui; et ce n'était rien pour lui de se débarrasser de myriades d'hommes, même quand il ne lui avaient pas donné une raison.  Il ne se souciait pas de préserver les coutumes établies, mais était toujours avide de nouvelles expériences, et, en bref, était le plus grand corrupteur de toutes les nobles traditions.

Bien que la peste, décrite dans mes livres précédents, attaqua le monde entier, pas moins d'hommes échappèrent que ceux qui périrent d'elle; car certains ne furent jamais pris par la maladie, et d'autres guérirent après qu'elle les eut frappés. Mais de cet homme, pas un de tous les Romains ne put échapper; mais comme s'il était une seconde pestilence envoyé par le ciel, il tomba sur la nation et ne laissa pas d'homme tout à fait intact. Pour certains il tua sans raison, et certains il les relâcha pour lutter avec la pénurie, et leur sort fut pire que celui de ceux qui avaient péri, de telle sorte qu'ils priaient que la mort vienne les délivrer de leur misère; et d'autres il les vola de leurs biens et de leur vie ensemble.

Quand il n'y eut plus rien à ruiner dans l'état romain, il décida la conquête de la Libye et de l'Italie, pour nulle autre raison que de détruire le peuple là, et il avait ceux qui étaient déjà ses sujets.

En effet, son pouvoir n'avait pas dix jours, avant qu'il ne tue Amantius, chef du palais  des eunuques, et plusieurs autres, sur une charge pas plus grave que celle que Amantius avait fait une remarque irréfléchie sur Jean, Archevêque de la ville. Après cela, il fut le plus redouté des hommes.

Immédiatement après cela il envoya chercher le rebelle Vitalien, à qui il avait d'abord donné des promesses de sécurité, et participer avec lui à la communion chrétienne. Mais bientôt après il devint soupçonneux et jaloux, et tua Vitalien et ses compagnons à un banquet dans le palais: montrant ainsi qu'il ne se considérait lui-même en aucune façon lié par la plus sacrée des promesses.

7.      OUTRAGES DES BLEUS

Le peuple avait été divisé depuis longtemps, comme je l'ai expliqué par ailleurs, en deux factions, les Bleus et les Verts. Justinien, en rejoignant le dernier parti, qui avait déjà montré sa faveur envers lui, fut capable de mettre tout en confusion et en tumulte, et par son pouvoir plonger l'état romain à genoux devant lui. Pas tous les Bleus voulaient suivre son commandement, mais il y en avait plein qui étaient avides de la guerre civile. Mais même ceux-ci, comme les troubles s'étendaient, semblaient les plus prudents des hommes, car leurs crimes étaient bien moins affreux qu'il n'étaient en leur pouvoir de commettre. Les partisans Verts ne restèrent pas tranquilles non plus, mais montrèrent leur ressentiment aussi violemment qu'ils pouvaient, bien qu'un par un ils fussent continuellement punis; ce qui, évidemment, les pressait chaque fois à plus d'impulsivité. Car les hommes qui font de mauvaises actions sont enclins à devenir désespérés.

Puis ce fut Justinien, activant la flamme et incitant ouvertement les Bleus à combattre, qui fit trembler tout l'Empire Romain sur ses fondations, comme si un tremblement de terre ou un cataclysme l'avait frappé, ou chaque ville à l'intérieur de ses confins avait été prise par l'ennemi. Partout tout fut déraciné: rien ne fut laissé tranquille par lui. La loi et l'ordre, à travers l'Etat, accablés par la distraction, furent dérangés.

Les rebelles révolutionnèrent d'abord le style de porter leurs cheveux. Car ils les avaient coupés différemment du reste des Romains: sans molester la moustache ou la barbe, qu'ils laissaient pousser aussi longues qu'ils le pouvaient, comme les Perses le faisaient, mais coupant les cheveux court sur le devant de la tête jusqu'au tempes, et laissant tomber en grande longueur et désordre à l'arrière, comme font les Massageti. Ils appelaient cette combinaison étrange la coupe Hun.

Ensuite ils décidèrent de garder la bande pourpre sur leur toge, et paradaient en habit indiquant un rang au-dessus de leur poste: car ce n'était que par de l'argent mal acquis qu'ils étaient capables d'acheter cette parure. Et les manches de leur tunique étaient taillées juste sur leurs poignets, tandis que de là jusqu'à leurs épaules, ils étaient d'une ineffable ampleur, ainsi, à chaque fois qu'ils bougeaient leurs mains, comme en applaudissant au théâtre ou encourageant un conducteur à l'hippodrome, ces manches immenses flottaient visiblement, montrant au simple public quels physiques beaux et bien développés étaient ceux-ci qui nécessitaient de si grands vêtements pour les couvrir. Ils ne considéraient pas que par l'exagération de cet habit la maigreur de leur corps frêle apparaissait d'autant plus notable. Leurs manteaux, pantalons, et bottes étaient aussi différents: et ceux-là aussi étaient appelés le style Hun, qu'ils imitaient.

Presque tous portaient des armes blanches ouvertement du début, tandis que le jour ils cachaient leur dague à double tranchant le long de la cuisse sous leur manteau. Se rassemblant en bandes dès que la nuit tombait, ils volaient le mieux dans le Forum ouvert et dans les allées étroites, attrapant le manteau des passants, ceintures, broches en or, et tout ce qu'ils avaient dans leurs mains. Ils tuaient certains après les avoir volés, afin qu'ils ne puissent plus informer quiconque de l'attaque.

Ces outrages apportèrent sur eux l'hostilité de tous, spécialement celle des partisans Bleus qui n'avaient pas pris part active dans la discorde. Quand les derniers furent même molestés, ils commencèrent à porter des ceintures et des broches en laiton et des manteaux bon marché que la plupart d'entre eux étaient privilégiés de montrer, de peur que leur élégance ne les mène à la mort; et même avant que le soleil ne se couche ils rentraient chez eux pour se cacher. Mais le mal progressait; et comme aucune punition ne venait sur les criminels de ceux en charge de la paix publique, leur témérité augmentait de plus en plus. Car quand le crime se trouve autorisé, il n'y a pas de limites aux abus; puisque même quand il est puni, il n'est jamais totalement supprimé, la plupart des hommes étant par nature facilement enclins à l'erreur. Tel était, alors, la conduite des Bleus. Certains du parti opposé rejoignirent cette faction afin de prendre leur revanche sur les gens de leur côté d'origine qui les avaient maltraités; d'autres fuirent en secret dans d'autres pays, mais beaucoup furent capturés avant qu'ils ne puissent s'échapper, et périrent soit dans les mains de leurs ennemis, soit par sentence de l'Etat. Et beaucoup d'autres jeunes hommes s'offrirent à cette société qui n'avaient pas pris d'intérêt dans la querelle , mais étaient maintenant amenés par le pouvoir et la possibilité d'insolence qu'ils pouvaient ainsi acquérir. Car il n'y a pas de scélérat auquel les hommes donnent un nom qui n'était pas engagé durant ce temps, et restait impuni.

Maintenant ils tuèrent d'abord leurs opposants. Mais comme les choses progressaient, ils tuèrent aussi des hommes qui n'avaient rien fait contre eux.  Et il y en eut beaucoup qui les corrompirent avec de l'argent, désignant des ennemis personnels, que les Bleus assassinaient, déclarant que ces victimes étaient des Verts, quand en réalité ils étaient complètement étrangers. Et tout ceci se passa pas seulement dans la nuit et furtivement, mais à chaque heure du jour, partout dans la ville: devant les yeux des hommes les plus notables du gouvernement, s'ils se trouvaient être spectateurs. Car ils n'avaient pas besoin de cacher leurs crimes, n'ayant pas peur d'être punis, mais le considéraient plutôt à l'avantage de leur réputation, comme prouvant leur force et leur virilité, de tuer d'un coup de dague tout homme non armé qui se trouvait passer là.

Personne ne pouvait espérer vivre très longtemps sous cet état des affaires, car chacun suspectait qu'il serait le prochain à être tué. Aucun endroit n'était sûr, aucun moment de la journée n'offrait une promesse de sécurité, puisque ces meurtres se passaient dans les sanctuaires les plus saints même durant les services divins. Aucune confiance n'était faite aux amis et aux parents, car beaucoup mouraient par conspiration des membres de leur propre ménage. Il n'y avait pas non plus d'enquête après ces actes, mais le coup pouvait tomber à l'improviste, à cause de ce désordre, mais tout était établi par la violence. L'Etat pouvait aussi bien avoir  été une tyrannie, pas une, cependant, qui avait été établie, mais une qui était renversée quotidiennement et toujours recommencée.

Les magistrats semblaient avoir été dirigés hors de leurs sens, et leur raison asservie par la peur d'un homme. Les juges, quand ils décidaient les procès qui venaient devant eux, faisaient leur votes pas d'après ce qu'ils pensaient juste ou légal, mais d'après que soit les plaignants étaient soit ennemis, soit amis de la faction au pouvoir. Car un juge qui enfreignait son instruction se condamnait lui-même à mort. Et beaucoup de créanciers étaient forcés de recevoir les factures qu'ils avaient envoyés à leurs débiteurs sans être payés ce qui leur était dû; et beaucoup ainsi contre leur volonté avaient à libérer leurs esclaves.

Et ils disent que certaines dames étaient forcées par leurs propres esclaves de faire ce qu'elles ne voulaient pas faire; et les fils de notables, s'étant mélangés avec ces jeunes bandits, forçaient leurs pères, parmi d'autres actes contre leur gré, de leur remettre leurs biens. Beaucoup de garçons étaient contraints, avec la connaissance de leur père, de servir les désirs anormaux des Bleus; et les femmes mariées dans le bonheur rencontraient la même infortune.

On dit qu'une femme d'une beauté non excessive était sur le bac avec son mari vers le faubourg opposé à la terre ferme; quand quelques hommes de ce parti les rencontrèrent sur l'eau, et sautant dans leur bateau, la tirèrent abusivement de son mari et la firent entrer dans leur bateau. Elle avait murmuré à son époux de lui faire confiance et de n'avoir pas peur d'un quelconque reproche, car elle ne permettrait pas d'être déshonorée. Puis, comme il la regardait en grande peine, elle jeta son corps dans le Bosphore et disparut aussitôt du monde des hommes.

Tels étaient les actes que ce parti osait commettre à cette époque à Constantinople.

Cependant tout ceci perturbait les gens moins que les offenses de Justinien contre l'Etat. Car ceux qui souffrent le plus gravement des scélérats sont libérés de la plus grande part de leur angoisse par l'attente qu'ils seront vengés un beau jour par la loi et l'autorité. Les hommes qui sont confiants dans l'avenir peuvent porter plus aisément et moins péniblement leurs ennuis présents; mais quand ils sont outragés même par le gouvernement de ce qui leur arrive est naturellement le plus douloureux, et par le manque de tout espoir de redressement ils sont tournés vers un désespoir absolu. Et le crime de Justinien était qu'il ne voulait pas seulement à contrecœur protéger les offensés, mais ne vit aucune raison pourquoi il ne serait pas la tête coupable de la faction coupable; il donna de grosses sommes d'argent à ces jeunes hommes, et s'entoura d'eux: et à certains il alla aussi loin que de les nommer à de hautes fonctions et autres postes d'honneur.

8.     CARACTERE ET APPARENCE DE JUSTINIEN

Maintenant cela se passait non seulement à Constantinople, mais aussi dans chaque ville: car comme tout autre maladie, le mal, naissant ici, s'étendit à travers l'Empire Romain. Mais l'Empereur n'était pas dérangé par le trouble, même quand il se passait  continuellement sous ses yeux quand il allait à l'hippodrome. Car il était très suffisant et ressemblait fort à l'âne bête, qui suivait, remuant seulement ses oreilles, quand on le tirait par la bride. Ainsi agissait Justinien, et il jetait tout dans la confusion.

Dès qu'il prit le pouvoir de son oncle, sa démarche fut de dépenser l'argent public sans retenue, maintenant qu'il avait le contrôle de cela. Il en donna beaucoup aux Huns qui, de temps en temps, entraient dans l'état; et en conséquence les provinces romaines furent sujettes à de constantes incursions, car ces barbares, ayant goûté une fois à la richesse romaine, n'oublièrent jamais la route qui y menait. Et il jeta beaucoup d'argent dans la mer en forme de moles, comme pour maîtriser l'éternel grondement des déferlantes. Car il lança des digues en pierre loin de la terre ferme contre l'attaque de la mer, comme si par la puissance de la richesse il pouvait dominer la puissance de l'océan.

Il amassa pour lui-même les domaines privés des citoyens romains dans tout l'Empire: certains en accusant leurs possesseurs de crimes dont ils étaient innocents, d'autres en faussant les mots des propriétaires en l'apparence d'un don pour eux de leurs biens. Et beaucoup, pris dans l'acte du meurtre et d'autres crimes, transmirent leurs possessions à lui-même et ainsi échappaient à l'amende pour leurs péchés.

D'autres, disputant frauduleusement le titre de terres arrivant à adjoindre à leur terre propre, quand ils virent qu'ils n'avaient aucune chance d'obtenir le meilleur de l'argument, avec la loi contre eux, lui donnèrent leur équité dans la demande afin d'être relâchés du tribunal. Ainsi, par un geste qui ne lui coûtait rien, ils gagnaient sa faveur et étaient capables illégalement d'obtenir le meilleur de leurs opposants.

Je pense que c'est autant le bon moment qu'un autre pour décrire l'apparence personnelle de l'homme. Maintenant physiquement il n'était ni grand ni petit, mais de taille moyenne; pas mince, mais modérément potelé; son visage était rond, et pas mauvais d'aspect, car il avait une bonne couleur, même quand il jeûnait deux jours. Pour rendre une longue description courte, il ressemblait beaucoup à Domitien, le fils de Vespasien. Il était celui que les Romains haïssaient tant que même le déchirer en pièces ne satisferait pas leur colère contre lui, mais un décret fut passé par le Sénat que le nom de l'Empereur ne soit jamais écrit, et qu'aucune statue de lui ne soit préservée. Et ainsi ce nom fut effacé dans toutes les inscriptions à Rome et partout ailleurs où il avait été écrit, excepté là où il était dans la liste des empereurs; et nulle part on ne peut voir une quelconque statue de lui dans tout l'Empire Romain, sauf une en bronze, qui fut faite pour la raison suivante.

La femme de Domitien était de naissance libre et autrement noble; et elle n'avait jamais fait de mal à quiconque, ni n'avait consenti aux actes de son mari. Pour cette raison elle fut chèrement aimée; et le Sénat l'envoya chercher, quand Domitien mourut, et lui ordonna de demander quel avantage elle pouvait désirer. A ceci le Sénat accepta. Maintenant la dame, désirant laisser un mémorial aux temps futurs de la sauvagerie de ceux qui avaient dépecé son mari, conçut ce plan: ramassant les morceaux du corps de Domitien, elle les réunit précisément ensemble et recousit le corps dans son apparence originale. Emportant ceci aux sculpteurs, elle leur commanda de produire la malheureuse forme en bronze. Les artisans firent aussitôt l'image, et la femme la prit, et la mit dans la rue qui mène au Capitole, du côté droit quand on vient du Forum: un monument à Domitien et une révélation de la manière de sa mort jusqu'à ce jour. La personne entière de Justinien, sa manière d'expression et toutes ses caractéristiques peuvent être remarquées dans cette statue.

Maintenant Justinien était ainsi en apparence; mais son caractère était quelque chose que je ne pourrais pas totalement décrire. Car il était à la fois ignoble et attentionné; comme les gens disent familièrement, un crétin. Il ne fut jamais fidèle à qui que ce soit, mais toujours trompeur dans ce qu'il disait et faisait, cependant facilement trompé par ceux qui voulaient l'abuser. Sa nature était un mélange anormal de folie et de méchanceté. Ce qu'un philosophe ambulant dans l'ancien temps disait était aussi vrai de lui, que des qualités opposées se combinent dans un homme comme dans le mélange des couleurs. Je vais essayer de faire son portrait, cependant, dans la mesure où je peux comprendre sa complexité.

L'Empereur, alors, était trompeur, rusé, faux, hypocrite, à double face, cruel, adroit à dissimuler ses pensées, jamais ému aux larmes par la joie ou la peine, bien qu'il pouvait les appeler astucieusement à volonté quand l'occasion le demandait, un menteur toujours, pas seulement spontané, mais en écrivant, et quand il jurait des serments sacrés à ses sujets dans leur audition même. Ensuite il cassait immédiatement ses accords et ses promesses, comme le plus vil des esclaves, dont seulement la peur de la torture le guidait à confesser son parjure. Un révolutionnaire sans foi, facilement mené à tout chose mauvaise, mais ne voulant jamais écouter de bons conseils, rapide à projeter des méchancetés et les accomplir, mais trouvant même l'écoute de quelque chose de bon désagréable à ses oreilles.

Comment quiconque pourrait mettre les voies de Justinien en mots? Ces vices et même beaucoup d'autres furent décelés en lui plus que dans aucun autre mortel, la nature semblait avoir pris la méchanceté de tous les autres hommes combinés et les avoir plantés dans cette âme d'homme. Et à côté de cela, il était trop enclin à écouter les accusations; et trop rapide à punir. Car il décidait de tels cas sans examen approfondi, nommant la punition quand il avait entendu seulement le côté de l'affaire de l'accusateur. Sans hésitation il écrivait les décrets pour le pillage des pays, le sac des cités, et l'asservissement de nations entières, pour aucune cause quelle qu'elle soit. De telle sorte que si on souhaitait prendre toutes les calamités qui étaient arrivés aux Romains avant cette époque et les peser contre ses crimes, je pense qu'il serait trouvé que plus d'hommes avait été tués par ce seul homme que dans l'histoire précédente.

Il n'avait pas de scrupules sur l'appropriation des biens d'autrui, et ne pensait même pas qu'une excuse était nécessaire, légale ou illégale, pour confisquer ce qui ne lui appartenait pas. Et quand c'était à lui, il était plus que prêt à le gaspiller en étalage fou, ou le donner comme une corruption non nécessaire aux barbares. En bref, il ne s'accrochait pas sur l'argent ni ne laissait quelqu'un d'autre en garder: comme si sa raison n'était pas de l'avarice, mais de la jalousie de ceux qui étaient riches. Conduisant toute la richesse du pays des Romains de cette manière, il devint la cause de la pauvreté universelle.

C'était le caractère de Justinien, pour autant que je puisse en faire le portrait.

9.     COMMENT THÉODORA , LA PLUS DEPRAVEE DES COURTISANES, GAGNA SON AMOUR

Il prit une femme: et de quelle manière elle naquit et fut élevée, et, mariée à cet homme, déchira l'Empire Romain jusqu'aux racines, je vais maintenant le relater.

Acacius était le gardien des bêtes sauvages utilisées dans l'amphithéâtre à Constantinople; il appartenait à la faction grecque et était surnommé le Gardien des Ours. Cet homme, durant le règne de Anastase, tomba malade et mourut, laissant trois filles nommées Comito, Théodora et Anastasia: dont la plus âgée n'avait pas encore sept ans. Sa veuve prit un second mari, avec qui elle entreprit de continuer la famille et la profession d'Acacius. Mais Asterius, le maître de danse des Verts, étant corrompu par un autre, ôta leur fonction et l'assigna à l'homme qui lui donnait l'argent. Car les maîtres de danse avaient le pouvoir de distribuer de tels postes comme ils désiraient.

Quand cette femme vit la populace assemblée dans l'amphithéâtre, elle plaça des couronnes de laurier sur la tête et les mains de ses filles, et les envoya s'asseoir sur le sol dans l'attitude des suppliantes. Les Verts virent cet appel muet avec indifférence; mais les Bleus furent émus pour accorder aux enfants un poste égal, puisque leur propre gardien d'animaux venait de mourir.

Quand ces enfants atteignirent l'âge de l'adolescence, leur mère les mit sur la scène locale, car elles étaient belles à regarder; elle les envoya, cependant, pas toutes en même temps, mais comme chacune lui semblait avoir atteint un âge convenable. Comito, en effet, était déjà devenue une des hétaïres [prostituées de grande classe] dominantes du jour. Théodora , la seconde sœur, habillée dans une petite tunique avec des manches, comme une esclave, attendait Comito et avait l'habitude de la suivre en portant sur ses épaules le banc sur lequel sa sœur favorite avait l'habitude de s'asseoir dans des assemblées publiques. Théodora  était trop jeune alors pour connaître la relation normale d'un homme avec une jeune fille, mais consentit à la violence anormale des esclaves ignobles qui, suivant leurs maîtres au théâtre, employaient leurs loisirs de cette manière infâme. Et pour quelque temps dans un bordel elle souffrit de tels abus.

Mais dès qu'elle arriva à l'âge de l'adolescence, et fut prête pour le monde, sa mère la mit sur la scène. Aussitôt elle devint une courtisane, et telle que les anciens Grecs avaient l'habitude d'appeler une commune, à cela: car elle n'était pas une joueuse de flûte ou de harpe, ni même n'était entraînée à la danse, mais donnait sa jeunesse à quiconque elle rencontrait, en abandon absolu. Ses préférences générales incluaient, évidemment, les acteurs dans le théâtre: et dans leurs productions elle prit part dans les scènes de basse comédie. Car elle était très drôle et bonne imitatrice, et devint immédiatement populaire dans cet art. Il n'y avait pas de honte dans la fille, et personne ne la vit jamais consternée:  aucun rôle n'était trop scandaleux pour elle à accepter sans rougir.

Elle était le type de comédienne qui enchantait le public en se laissant gifler et frapper sur les joues, et les faire éclater de rire en soulevant ses jupes pour révéler au public ces secrets féminins ici et là que la coutume cache aux yeux du sexe opposé. Avec une paresse prétendue elle se moquait de ses amants, et coquettement adoptant de nouvelles façons d'embrasser, était capable de garder dans un tumulte constant les cœurs des sophistiqués. Et elle n'attendait pas d'être demandée par quiconque la rencontrait, mais au contraire, avec des gestes invitants et un étalage comique de ses jupes tentait elle-même tous les hommes qui passaient, spécialement ceux qui étaient adolescents.

Dans le domaine du plaisir elle n'était jamais battue. Souvent elle allait pique-niquer avec dix jeunes hommes ou plus, dans la fleur de leur force et virilité, et s'amusait  avec tous, toute la nuit.

Quand ils étaient fatigués du sport, elle s'approchait de leurs domestiques, peut-être trente en nombre et se battait en duel avec chacun d'entre eux; et même ainsi ne trouvaient aucun apaisement de sa sollicitation. Une fois, visitant la maison d'un monsieur illustre, ils disent qu'elle monta sur le coin de son divan à repas, releva le devant de sa robe, sans rougir et ainsi a montré négligemment son dévergondage. Et quoiqu'elle ait grand ouvert trois portes aux ambassadeurs de Cupidon, elle se lamentait que la nature n'ait pas de la même façon ouvert les détresses de sa poitrine, qu'elle pourrait avoir réussi là une nouvelle bienvenue à ses émissaires.

Fréquemment, elle devint enceinte, mais comme elle employait chaque artifice immédiatement, une fausse couche était tout de suite effectuée. Souvent, même dans le théâtre, à la vue de tous les gens, elle enlevait son costume et restait nue au milieu, à part une ceinture autour de l'aine : pas qu'elle a été confondue en révélant cela, aussi, au public, mais parce qu'il y avait une loi contre l'apparition d'être tout nu sur la scène, sans au moins une feuille de figuier. Couverte ainsi d'un ruban, elle s'effondrait sur le plancher de la scène et s'allongeait sur le dos. Les esclaves à qui le devoir était confié dispersaient alors les grains d'orge d'en haut dans le calice de cette fleur de passion, d'où des oies, formées dans ce but, choisissaient ensuite les grains un à un avec leurs becs et les mangeaient. Quand elle se levait, ce n'était pas en rougissant, mais elle semblait plutôt se glorifier dans le spectacle. Car elle était non seulement effrontée elle-même, mais essayait de rendre tous les autres aussi audacieux. Souvent quand elle était seule avec d'autres acteurs elle se déshabillait parmi eux et courbait son dos avec provocation, faisant de la publicité comme un paon tant à ceux qui avaient l'expérience d'elle qu'à ceux qui n'avaient pas encore eu ce privilège de sa souplesse entraînée.

Si pervers était son dévergondage qu'elle devait avoir à cacher non seulement la partie usuelle de sa personne, comme les autres femmes font, mais son visage aussi. Ainsi ceux qui étaient intimes avec elle ont été tout de suite reconnus de ce fait même pour être des pervers et tout homme plus respectable qui la trouvait par hasard au Forum l'évitait et se